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Un télétravail organisé rend sa liberté et son autonomie au travailleur



La pandémie de coronavirus et la crise sanitaire ont entraîné des changements dans les conditions de travail de millions d'employés œuvrant maintenant à domicile.

Cette nouvelle façon de travailler soulève craintes et questionnements. Les télétravailleurs sont inquiets de l'impact de cette nouvelle façon de travailler sur leur productivité, leur santé physique et mentale, mais aussi leur changement de vie sociale.



Le télétravail non encadré peut conduire à un sentiment d'exclusion et de rejet social


Le télétravail comporte des risques. Cette manière de fonctionner est un instrument de flexibilité qui peut devenir un risque de destruction des identités professionnelle et privée.


La principale difficulté pour les nouveaux télétravailleurs réside dans la gestion du temps de travail. Certaines études proposent des résultats allant dans un sens de gain de productivité et d’efficacité, mais cela pourrait en réalité être dû à une densification du temps de travail à la maison.


Le télétravail réduit les déplacements domicile - travail et permet une organisation plus flexible et personnelle de son temps de travail. Cependant, les télétravailleurs auraient tendance à allonger leur temps de travail et à ne pas bénéficier du gain induit par l’absence de trajet. Certaines études remarquent que les pauses des télétravailleurs sont plus courtes à la maison qu’au bureau.


D’après Kelliher et Anderson (2010), cela peut s’expliquer par la théorie de l’échange social : le télétravail est perçu comme un privilège pour certaines catégories de travailleurs, privilège auquel tout le monde n’a pas forcément accès. Les télétravailleurs se sentiraient alors coupables et, sous la pression de cette culpabilité intériorisée, ils fourniraient davantage d’efforts et travailleraient sans limite.


Dans les relations interpersonnelles, certains auteurs comme Golden (2009) et Mello (2007) remarquent une insatisfaction plus importante chez les télétravailleurs que chez les travailleurs lambda.

La séparation physique avec l’entourage professionnel réduit les échanges et les discussions en termes de quantité mais aussi de qualité (un échange à distance n’induisant pas la même valeur sociale).

Le télétravail peut donc nuire à la communication et à la coopération au sein des équipes de travail et induire un sentiment d’isolement et d’exclusion professionnelle.

D’après Bentley (2016), ce sentiment d’isolement professionnel peut favoriser la perception de stress professionnel et notamment la crainte de ne plus avoir la responsabilité de tâches intéressantes.

Montreuil et Lippel (2003) constatent quant à eux que ces angoisses peuvent aboutir à de longues périodes d’arrêt maladie pour cause de burn-out professionnel.


Le télétravail risque d’aggraver les contraintes temporelles. Il augmente la perméabilité entre les domaines privés et professionnels, cela pouvant augmenter la probabilité de conflit entre le travail et la famille. De plus, la superposition des activités professionnelles et personnelles au même endroit peut perturber leur accomplissement.


Le télétravailleur reste connecté sur des heures étendues, il est plus difficile de faire une réelle distinction entre entre la vie professionnelle et privée. Le désengagement psychologique du travail devient plus difficile que lorsque l’on quitte physiquement le lieu de travail.


Les salariés sont contraints de jongler avec différentes temporalités, d’où le risque de voir s’entremêler leurs différentes activités : rémunérées, familiales, domestiques, ludiques.


Le télétravailleur peut avoir du mal à faire face aux exigences professionnelles et familiales, à répondre aux sollicitations de l’entourage, qui arrivent plus fréquemment lorsqu’il travaille à domicile. Cela peut amener à ressentir une forte pression et un stress professionnel plus important.

Ces effets sont à nuancer avec la charge de responsabilité familiale : un télétravailleur ayant des enfants y est forcément plus sujet qu’un télétravailleur sans enfants.



Le télétravail institutionnalisé permet de redonner le contrôle et de l'autonomie aux télétravailleurs


Certaines études démontrent que le télétravail peut être porteur de conséquences positives en termes d’équilibre et de conciliation des différents domaines de vie, ainsi que sur la qualité de vie et la performance professionnelle des télétravailleurs.


Le télétravail induit une transformation de l’organisation du temps de travail, qui devient plus flexible et personnelle. Le sentiment de contrôle personnel du temps de travail est augmenté, il y a également plus de contrôle perçu sur la manière d’organiser et d’effectuer le travail quotidien. D’après Gajendra et Harrison (2007), cette plus grande autonomie est porteuse d’un accroissement de la motivation au travail, de l’implication organisationnelle et ainsi de la satisfaction professionnelle. Les télétravailleurs se sentent plus libres en travaillant sans le contrôle visuel permanent de leurs collaborateurs.


D’après Guibourdenche et Carlotti (2016), la diminution des distractions pendant le temps de travail comme les sollicitations des collègues ou les pauses café accroît la concentration. Le temps de repos nécessaire pour récupérer après le travail est diminué. L’efficacité et la qualité du travail n’en sont que favorisées.


Le télétravail est associé à un taux d’absentéisme plus bas, et un niveau de turnover moins élevé. Il est un moyen efficace d’améliorer l’articulation entre la vie professionnelle et la vie privée. Le télétravailleur peut organiser ses plages horaires comme il le souhaite : pratiquer des journées plus longues mais moins intenses et moins stressantes, ou alors réduire son temps de travail avec une efficacité maximale pour se libérer du temps libre.


Bénéficiant de moins de coupures pendant le temps de travail, le télétravailleur peut se programmer des pauses plus longues et plus efficaces, en favorisant par exemple la pratique d’un exercice physique, bénéfique pour la concentration et la forme physique.


La flexibilité peut atténuer les effets négatifs de la perméabilité énoncée plus haut : l’employé est libre de planifier son travail de manière optimale pour minimiser les interruptions par l’environnement familial.


Introduire une segmentation de son domicile pour y installer un espace propre au travail peut décourager les sollicitations familiales.

Les ressources temporelles dédiées aux activités et aux relations sociales sont augmentées du fait de la réduction du temps passé dans les transports et de la diminution du stress qui en découlait.

Une meilleure gestion, organisation et hiérarchisation des différentes sphères de la vie induit une meilleure conciliation des multiples rôles à assumer.


Enfin d’après Greer et Payne (2014), la culture organisationnelle doit être adaptée au télétravail pour prévenir ces effets potentiellement délétères. L’entreprise doit élaborer une vraie politique de mise en place du télétravail, développer des dispositifs d’accompagnent psychologique, et faire évoluer les pratiques managériales.

Le télétravailleur, lui, doit faire preuve de rigueur au niveau organisationnel, pour délimiter ses différentes sphères d’activités.


Sources

Vayre, É. (2019). Les incidences du télétravail sur le travailleur dans les domaines professionnel, familial et social. Le travail humain, vol. 82(1), 1-39

Gajendran, R. S., & Harrison, D. A. (2007). The good, the bad, and the unknown about telecommuting : Meta-analysis of psychological mediators and individual consequences. Journal of Applied Psychology, 92(6), 1524‑1541

Oakman, J., Kinsman, N., Stuckey, R. et al. A rapid review of mental and physical health effects of working at home: how do we optimise health?. BMC Public Health 20, 1825 (2020).

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