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La survie de Canal+ passe par sa "plateformisation"

Mis à jour : 23 avr. 2019




Canal+ est apparu en 1984 dans un PAF mauribond qui avait besoin d'un second souffle. Passablement en retard sur les chaines américaines, anglaises ou italiennes, la télévision française avait besoin d'un vent de fraicheur. C'est une tornade qui va s'abattre.

Quatre piliers vont faire la renommée de Canal+. Le Sport et en particulier le football, le cinéma, l'érotisme et bien sûr l'humour.


Canal+ a forgé son histoire à travers et grâce à ce carré magique. De nos jours, deux de ces piliers fondateurs, l'érotisme (devenu obsolète avec l'avènement des nombreux sites internet consacrés) et l'humour ont été largement mis de côté. Le cinéma est concurrencé à la fois par le géant Netflix mais aussi l'ensemble des plateformes VOD et OTT, et le Football, lui aussi challengé par les offres de Bein sports ou RMC sport. La forteresse Canal a été assiégée de toutes parts et contre-attaque difficilement.

Le groupe a connu une perte de 304.000 abonnés en 2017 et de 492.000 en 2016. Cependant, le taux de désabonnement est en baisse, avec seulement 30% en 2018. Au 30 juin dernier, 4,792 millions d'abonnés avaient souscrit un contrat directement avec Canal+ en France, contre 4,989 millions un an auparavant. La télévision payante compte en revanche 135.000 abonnés supplémentaires via des opérateurs télécoms. Un glissement des abonnés historiques TNT vers les offres internet s'opère doucement.


Les chiffres globaux publiés sont potentiellement viciés depuis l'automne 2016. Canal ne sait pas si un abonné au bouquet d'un opérateur télécoms est aussi client d'une autre de ses offres. Les doublons proviennent des bouquets de chaînes thématiques (anciennement appelé CanalSat) commercialisées depuis l'automne 2016 par trois opérateurs télécom. Ne pouvant pas savoir si un abonné à la chaîne Canal Plus est parallèlement abonné à un bouquet des opérateurs télécoms, le "groupe Canal" ne peut donc plus compter précisément son nombre d'abonnés. Ce qui peut constituer un problème de lisibilité pour les actionnaires ou les potentiels futurs investisseurs. Malgré ces petits accrocs, le groupe Canal engrange encore de nombreux bénéfices.


L'essentiel des profits vient des Dom-Tom et d'Afrique, qui ont cumulé 227 millions d'euros de bénéfices opérationnels l'an dernier, soit environ 75% des bénéfices opérationnels du groupe. Soit deux fois plus que la télévision payante en métropole.


Pour survivre Canal+ doit quitter la petite lucarne


Il est temps pour Canal+ de se réformer. Elle fut la première chaine payante en France. Elle fut la première à amener des programmes novateurs, innovateurs et subversifs. Le temps de la mue est venu.


Dans un premier temps, Canal+ doit quitter ce qui a fait sa célébrité, c'est à dire la télévision. Les modes de consommation des programmes ont extrêmement changé. Selon Accenture, la consommation de films et autres programmes TV de longues durées a diminué de 13% entre 2015 et 2016 dans les grands pays riches. C'est le même constat pour les émissions de sport qui ont reculé de 10%. Alors que l’audience générale de la télévision diminue lentement, la désaffection des jeunes est brutale et s’accélère : -21% aux Etats-Unis, -14% au UK, -12% en France et en Allemagne, selon McKinsey. Aux Etats-Unis, plus de 60% de la consommation des jeunes adultes US se fait en utilisant les services de replay ou VOD. Ils ne suivent plus la diffusion des programmes en direct par les canaux classiques de télévision. Pour l’ensemble de la population le ratio est déjà de 50/50. Les chaines proposent leurs programmes et le spectateurs dispose.


L'apparition de la multiciplicité des contenus vidéos a provoqué de nouveaux comportements. Les nouvelles chaines de TV 2.0 se nomme Netflix, Amazon, YouTube, Instagram,Snapchat ou le récent Tiktok. Ces plateformes ont déjà gagné le coeur (et surtout les yeux) des 18-34 ans pour qui il s’agit évidemment de la nouvelle TV. En chiffres, les 18-34 visionnent déjà 22 heures par semaine ces nouveaux médias : 11,3 h de vidéo en ligne (comme YouTube) et 10,8 h de SVOD (comme Netflix). Aux Etats-Unis, la consommation de Netflix est en moyenne de 35 h par semaine pour les abonnés. Les abonnés Netflix passent en moyenne une heure de TV sur quatre sur la plateforme. En ce qui concerne les utilisateurs possédant une TV connectés à internet, le ratio augmente drastiquement puisque c’est entre 40 et 50 % . Ce qui caractérise ces médias, c'est leur facilité d'accès : application sur smartphone et sur tablette, site internet sur PC. Cela donne la possibilité de regarder ces formats facilement partout et à toute heure.


Les consommations mobiles (hors TV) enlève du temps à la télévision. Les Américains en passent déjà plus à regarder leur mobile que la télé. Déjà plus de la moitié de la consommation de YouTube vient des mobiles. La moitié des jeunes adultes US regardent Netflix sur leur mobile. Le mobile c'est effectivement la nouvelle télévision. PLus pratique néanmoins car elle peut s'emporter et se consommer partout. Dans le train, l'avion, le bus, à la terrasse d'un café, au travail.


Canal+ a depuis plusieurs années maintenant compris ce nouveau paradygme en lançant notamment Mycanal permettant de visionner les programmes de Canal+, en live ou en différé sur les smartphones, tablettes, PC et même sur certaines consoles de jeux. Les 18-34 ans sont les abonnés de demain, et ils constituent le coeur de cible qu'il est nécessaire de fidéliser pour les prochaines années. La télévision n'étant plus regardée par les jeunes adultes, il demeure opportun de ce questionner sur l'utilité pour Canal+ de garder ses fréquences TNT.


Le nombre d'abonnés TNT est d'environ 400 000 et les prévisions donnent aux alentours de 300 000 abonnés aux horizons 2020. Le cout d'une aide au passage vers l'internet ou le satellite des abonnés TNT représenterait environ 100 euros par client pour Canal. La fréquence TNT coutant 50 millions par an l'amortissement se ferait naturellement en un an. Ce désengagement de la TNT laisserait d'ailleurs une porte de sortie ou la possibilité d'un engagement plus fort de capitaux étrangers. En effet, la réglementation française interdit les capitaux étrangers dépassant le seuil de 20% d'une chaine de la TNT. En cas de non mutation du groupe Canal+ une vente serait alors envisageable à l'instar du géant américain Comcast qui a récemment acquis le groupe Sky.


S'appuyer sur ses forces historiques


le groupe Canal+ commercialise une nouvelle offre SVOD qui remplace Canal Play. » Ce service, est axé sur les séries. Par ailleurs, l'objectif serait de concurrencer Salto, la nouvelle plateforme média des chaines gratuites de la TNT. Celle-ci avait justement été très vivement tencé par Frank Cadoret, directeur général France de Canal+ qui avait notamment déclaré "S'ils ont décidé de se lancer, c'est parce qu'ils ont dû avoir plein de clients qui leur ont dit oui, c'est super, on est d'accord pour payer des contenus qu'on a déjà en gratuit !".

Canal+ en innovant du côté des séries (le nouveau cinéma, netflix ayant accéléré ce mouvement) se remettrait rapidement en scelle. En contrepartie de sa fréquence TNT Canal doit réinvesir 12.5% de son chiffre d'affaire dans le cinéma français. En sortant de la zone TNT, Canal ferait à la fois une économie de 50 millions d'euros annuels ainsi que les 12.5% du chiffre d'affaire permettant de dégager une manne financière conséquente à réinvestir dans les productions de séries et films estampillées Canal.


Les séries "made in canal" sont pour la plupart de grandes réussites saluées par la critique et les telespectateurs. Le Bureau des légendes, Versailles, Engrenages, et bien d'autres, ont toutes été francs succès. A l'instar de, House of Cards, qui avait permis de démocratiser Netflix hors des frontières américaines, Canal doit miser sur ses séries pour attirer toujours plus d'abonnés.


Dans cette phase de transition vers le "tout ou quasi tout série", Canal se doit de rester connecté avec les sorties cinéma pour ne pas se couper de son socle d'abonnés historiques. Dans cette optique, les nouveaux accords sur la chronologie des médias sont primordiaux.

Un raccourcissement des délais d'accessibilité des contenus sur leur plateforme après leur diffusion en salles devrait aider Canal à mieux concurrencer Netflix. Canal+ va pouvoir diffuser des films 8 mois après la sortie en salle voire 6 mois par dérogation contre 10 à 12 mois auparavunt. Ce n'est d'ailleurs pas le seul chamboulements à venir. sur la chaine crypté. C'est Un tremblement de terre qui a débuté au printemps dernier lorsqu'un nouvel acteur venait perturber l'attribution des droits du championnat de ligue 1.


L’intermédiaire Mediapro s’est adjugé en mai 2018 les plus gros lots des droits de diffusion télévisée de la Ligue 1 pour la période 2020-2024. beIN Sports limite la casse, tandis que Canal + se retrouve sans rien. Le montant annuel des droits pour les saisons 2020 à 2024 dépasse pour la première fois la barre du milliard d’euros (1,153 milliard précisément).

Cet évènement a pour beaucoup sonné le glas du football sur canal, qui avait déjà perdu les droits de la ligue des champions au profit de Bein sports puis RMC sport, et qui voyait maintenant lui échapper le joyau qu'il avait lui même façonné.


Juridiquement, lorsqu'une personne découvre un trésor, il devient l'inventeur de ce dernier. Canal+ est l'inventeur de la ligue 1 (anciennement division 1). Avant Canal+, il n'y avait aucune retransmission hebdomadaire et en direct du championnat de France.

Mediapro a une stratégie assez déconcertante voire surprenante si on analyse sa manière de fonctionner à l'étranger. Après notamment avoir remporté les droits de la série A italienne, ils les ont finalement perdu sur le champs judiciaire au début de l'été dernier. Récemment, le groupe espagnol a annoncé avoir cédé les droits de diffusion en Espagne de la Ligue des champions et de l'Europa League sur la période 2018-2021 pour 1,08 milliard d'euros au groupe Movistar après avoir perdu les droits de la Liga espagnole au profit de ce même Movistar. De quoi donner des idées au groupe Canal.


Maxime Saada PDG de Canal+ déclarait ainsi récemment "Pour la Ligue 1, Mediapro a pris contact avec nous tout de suite, on s’est vu dès le mois de juin. C’est en quelque sorte un courtier et il a besoin de Canal+ pour distribuer ses chaînes. Il n’y a pas un acteur qui peut se passer de nous, et certainement pas eux dont le modèle économique est périlleux (...) On va étudier tous les modèles. Je ne sais pas s’ils nous revendront les droits une fortune, car à un moment donné quand on n’a pas le choix (...) Canal+ a perdu les droits de la Ligue 1 à partir de 2020, c’est vrai, mais je peux vous garantir qu’on diffusera de la Ligue 1 post 2020, j’en suis certain. Ils ont besoin de 4 millions d’abonnés pour être rentables, BeInSports a mis 6 ans pour les avoir.. » Apparemment, il était prématuré d'enterrer Canal. Elle distribuera sans doute l'un de ses produits phares.


Dans la même optique, Canal+ a en quelques sortes récupéré les droits de la ligue des champions puisqu'elle peut les distribuer et les commercialiser. Le Groupe CANAL+ et SFR ont annoncé le 18 septembre 2018 un accord commercial autour de la distribution du bouquet RMC Sport. Cet accord permettra aux abonnés satellite du Groupe CANAL+ de suivre sur les chaînes RMC Sport l’intégralité de L’UEFA CHAMPIONS LEAGUE. Le bouquet RMC sport sera accessible en multi-écrans sur myCANAL pour les abonnés satellite qui auront souscrits à l’option. Pour le moment, cette offre est limitée aux seuls abonnés satellites, mais les discussions semblent continuer pour pouvoir à l'instar de Bein sports proposer les chaines RMC à tous les abonnés Canal quelque soit la plateforme.


CANAL+ Football vers un modèle DAZN

Canal+ pourrait donc à l'horizon 2020 pouvoir distribuer l'ensemble des championnats majeurs européens, ainsi que les compétitions européennes (position qu'elle a connu par le passé jusqu'en 2012) en réunissant en son sein les offres de RMC, Bein et Mediapro. Il serait à ce moment judicieux pour Canal+ de négocier une nouvelle façon de distribuer les contenus de ces chaines et non les chaines elles-mêmes. Proposer l'ensemble des matchs à l'abonné qui choisirait comme avec Netflix ce qu'il souhaite regarder. C'est le pari qu'est en train de réaliser depuis quelques années DAZN.


DAZN est une filiale de l’entité Perform Group. Le groupe Perform rassemble quelques 3 000 employés à travers le monde entre Perform Media (Goal, Sporting News, ePlayer), Perform Content (Opta notamment connu pour fournir de nombreuses statistiques sportives, Omnisport, RunningBall), Perform Gaming et donc DAZN. Ces derniers ont mis au point une offre permettant aux consommateurs allemands, suisses et italiens en Europe, mais aussi au Japon et en Amérique du nord, d’avoir accès à de très nombreux contenus sportifs à un prix très attractif.


Via la mise en place d’une plateforme de streaming, DAZN promet à ses abonnés un accès à plus de 8 000 événements sportifs par an contre un abonnement mensuel coûtant seulement 9,99 € ! En Allemagne et en Italie, DAZN diffuse notamment en exclusivité sur sa plateforme les rencontres de Premier League ainsi que l’intégralité des rencontres de Liga, Serie A et Ligue 1. Chaque évènement est visionnable séparément et est proposé sur une interface simple et dynamique à la manière de Netflix. C'est le modèle à suivre pour Canal+.


Des évènements dématérialisés, distribués par sa plateforme internet. La télévision de nos parents et grands parents est morte. C'est maintenant l'utilisateur qui crée sa propre chaine, en choisissant son programme lorsqu'il le souhaite, tout en s'abonnant à une plateforme proposant un contenu exclusif.


La concurrence domestique profitera aux GAFA

L’éparpillement de l’offre sportive, qui oblige le téléspectateur à jongler entre RMC, BeIN et Canal+, pourrait jouer en faveur des GAFA aux moyens quasi illimités afin d’imposer dans le futur une offre universelle s'affranchissant des droits locaux et proposant le même package pour n'importe quel individu autour du monde : la globalisation des droits.


Pour l'économiste Pascal Perri, si l’investissement des GAFA n’en est qu’à ses balbutiements, on se dirige progressivement vers un bouleversement de l’acquisition des droits. « Cela a toujours été dans leur stratégie de parler de partenariat avec les diffuseurs. En réalité, ils testent des choses avant de frapper un grand coup. Il leur manque juste du contenu de diffusion ».


En juin dernier, Amazon a obtenu le droit de diffuser des rencontres de Premier League en direct à partir de 2019. Le géant d'internet diffusera 20 matches du championnat anglais par saison, à compter de l’exercice 2019/2020, et ce, jusqu’en 2021/2022 avec notamment deux journées en intégralité, celle de mi-décembre et celle de Bank Holiday, fin août. Le service de streaming en ligne offrira donc la possibilité aux membres d’Amazon Prime au Royaume Uni, contre environ 9€ par mois, de voir ces rencontres.

Le développement des nouvelles pratiques de consommation, hors écran traditionnel de télévision, à travers les plateformes de streaming telles que Netflix, Amazon, DAZN devrait profiter aux GAFA.


En somme, Canal+ doit se réformer pour lutter contre la menace que représente les GAFA. Canal+ doit devenir la fusion parfaite de Netflix et DAZN ce qui lui ouvrira de nouveaux grands horizons. Horizon serait d'ailleurs un nouveau nom intéressant pour cette nouvelle plateforme (faisant même écho à Canal+ Horizons, le canal des expat').



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